Planter des arbres ne remplace pas les forêts naturelles

Le rôle des arbres dans la résolution de la crise climatique

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Le rôle que les arbres peuvent jouer dans la résolution de la crise climatique fait l’objet d’une attention croissante.

Cela sera souligné lors de la réunion du Groupe intergouvernemental sur le changement climatique (GIEC) à Genève pour approuver le résumé final d’un rapport spécial, qui doit être publié le 8 août.

Le rapport décrira la situation actuelle et les prévisions sur la dégradation des sols, y compris la déforestation et la désertification (lorsque les terres fertiles deviennent désertiques), ainsi que les options de durabilité pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Il y a deux ans, une étude a révélé que ces solutions climatiques naturelles pouvaient fournir environ 37% de la réduction de dioxyde de carbone nécessaire pour maintenir la hausse de la température mondiale en dessous de 2°C – comme préconisé par l’Accord de Paris.

Planter 1000 milliards d’arbres pour lutter contre le changement climatique ?

Un article plus récent paru dans la revue Science intitulé « Le potentiel mondial de restauration des arbres » indique que « des milliards d’arbres pourraient être plantés » pour faire face à la crise climatique.

Cependant, la recherche sur les « solutions basées sur la nature » peut être interprétée à tort comme impliquant que la priorité est de planter de jeunes arbres. En fait, la solution climatique majeure issue de la terre elle-même est la protection et la récupération des écosystèmes primaires riches en carbone, en particulier les forêts naturelles.

Avec la publication imminente du nouveau rapport du GIEC, le moment est venu de donner la priorité à la protection et au rétablissement des écosystèmes primaires avant de planter des arbres.

Une gestion forestière appropriée

Les écosystèmes forestiers (y compris les sols) stockent plus de carbone que l’atmosphère. Leur perte et leur dégradation déclencheraient des émissions qui provoqueraient un réchauffement de la planète supérieur aux deux degrés, sans parler du seuil de 1,5°C.

Ainsi, éviter de nouvelles pertes et la dégradation de la biodiversité forestière et des stocks de carbone est une mesure d’atténuation essentielle et complémentaire qui va de pair avec la transition rapide de l’utilisation des combustibles fossiles à des énergies propres.

Ces écosystèmes forestiers – résultant de processus écologiques et évolutifs – et leurs schémas naturels de répartition et d’abondance de plantes et d’animaux sauvages ont une plus grande résilience aux chocs externes.

Ils peuvent s’adapter aux conditions changeantes et conserver des stocks de carbone naturel plus stables que les forêts jeunes, dégradées ou plantées.

De nouvelles recherches démontrent également le potentiel important au niveau mondial de permettre à des forêts naturelles dégradées de continuer à se développer de nouveau pour atteindre leur potentiel écologique.

Cette approche – appelée proforestation – est une méthode plus efficace, immédiate et moins coûteuse pour éliminer et stocker le carbone atmosphérique à long terme que la plantation d’arbres.

Et elle peut être mise en œuvre dans des forêts de tous types.

La maturation des forêts naturelles existantes optimise leur potentiel de séquestration biologique afin d’éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère. La séquestration biologique désigne l’élimination du dioxyde de carbone de l’atmosphère par les plantes pour ensuite être stockée dans la végétation et les sols.

En plus de maximiser la séquestration naturelle et économique du carbone, la proforestation offre également d’autres avantages, tels que l’approvisionnement en eau propre grâce à la filtration par les racines des arbres.

Les émissions résultant de la dégradation des forêts peuvent dépasser celles de la déforestation

La dégradation des forêts, qui se produit fréquemment dans tous les biomes* forestiers, est causée par l’exploitation sélective, le défrichement temporaire et d’autres impacts sur l’utilisation des terres par l’homme.

Les émissions résultant de la dégradation peuvent dépasser celles de la déforestation dans certaines zones. Une fois endommagés, les écosystèmes naturels sont davantage exposés aux conséquences de la sécheresse, des incendies et du changement climatique.

La proforestation offre des avantages considérables pour la biodiversité et l’atténuation des changements climatiques dans la mesure où elle améliore la résilience des écosystèmes forestiers naturels, en stockant de manière sûre plus de carbone dans le temps que les forêts gérées pour la production de produits de base ou les plantations en monoculture.

En évitant de nouvelles pertes et dégradations des forêts primaires et des paysages forestiers intacts et en autorisant la régénération naturelle des forêts dégradées, les émissions mondiales de carbone seraient réduites chaque année d’environ 1 gigatonne (1 Gt), et de deux à quatre autres Gt d’émissions de carbone simplement en permettant la régénération naturelle.

Ces deux types d’actions sont possibles pour tous les pays forestiers.

La plantation d’arbres présente des avantages climatiques plus limités.

Un autre article récent de Science s’est concentré sur la cartographie et la quantification de l’augmentation du couvert forestier dans les zones supportant naturellement les arbres.

Cependant, l’augmentation du couvert forestier grâce à la régénération naturelle des forêts dégradées présente des avantages climatiques supérieurs en piégeant 40 fois plus de carbone au cours du siècle qu’en établissant de nouvelles plantations.

Nous devons réfléchir très attentivement à la manière dont nous utilisons les terres déjà défrichées – les terres sont une ressource limitée et sont indispensables à la production de fibres alimentaires et ligneuses pour une population estimée à neuf milliards d’ici 2050.

Toute expansion de la superficie des forêts naturelles est obtenue au mieux en permettant aux forêts dégradées de se rétablir naturellement.

Permettre aux arbres de se régénérer naturellement, en utilisant les restes de forêt primaire et les banques de semences situés à proximité dans le sol des forêts récemment défrichées, est plus susceptible de créer une forêt résiliente et diversifiée que de planter un nombre considérable de jeunes plants.

La résilience et la longévité des stocks de carbone des forêts primaires seront améliorées si la restauration donne la priorité à la mise en mémoire tampon et à la reconnexion des zones forestières.

Cela se traduira par des stocks de carbone plus importants, plus stables et plus durables.

Protéger les forêts primaires

Protéger les forêts primaires tout en permettant aux forêts dégradées de se reconstituer, ainsi qu’au développement limité des forêts naturelles, devrait permettre d’éliminer 153 milliards de tonnes de carbone atmosphérique.

Cette échelle de séquestration est comparable à ce que Jean-François Bastin et ses collègues prévoyaient avec 900 millions d’hectares de nouvelle couverture végétale.

Cependant, elle ne repose que sur 350 millions d’hectares de forêts, la protection et la restauration des forêts offrant un potentiel d’atténuation important.

Cela représente une proposition considérablement moins risquée en termes d’ampleur du changement d’utilisation des sols.

Pour que les forêts contribuent efficacement à éviter un changement climatique dangereux, des politiques mondiales et régionales sont nécessaires pour protéger et restaurer les forêts primaires, aidées par la régénération des forêts naturelles et une économie à zéro carbone.

* Un biome, appelé aussi macroécosystème, aire biotique, écozone ou encore écorégion, est un ensemble d’écosystèmes caractéristique d’une aire biogéographique et nommé à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et y sont adaptées. Wikipédia

By Dr Kate Dooley, University of Melbourne and Professor Brendan Mackey, Griffith University

[via pursuit.unimelb.edu.au]
Images Shutterstock/Pixabay
License Creative Commons CC BY-ND 3.0 AU

The Conversation

Forget eyecatching headlines about planting millions of new trees – natural mature forests are far better at storing carbon.

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